Entre
Rodez et Espalion, le Causse Comtal étend
à l’infini ses vastes solitudes, domaine de
genévriers et des petits chênes tortueux, dissimulant
çà et là quelques curieuses petites
cabanes "Les Cazelles", dont les épaisses
lauzes ont longtemps abrité des générations
de bergers. Et c’est dans ce décor, austère
en apparence, mais particulièrement attachant pour
l’amateur de calme et de grands espaces, que brusquement,
à une vingtaine de kilomètres de Rodez, apparaît
Bozouls, porte du Haut Rouergue.
Il suffit en effet, au carrefour de La Route d'Argent, de
quitter la nationale pour découvrir quelques centaines
de mètres plus loin un site prestigieux,
l’un des plus curieux de l’Aveyron sinon de
France.
Ce ‘site classé’ peut en effet, grâce
à son abîme impressionnant “le Trou de
Bozouls” revendiquer à juste prix l’une
des toutes premières places parmi
les “curiosités naturelles” de la région.
La
configuration géographique du site de Bozouls en
a fait , de tout temps, une incomparable position de défense.
Le premier village et son château, construits sur
l’éperon rocheux, seulement accessible par
le sud, étaient ainsi fort bien protégés.
Baozol, Boazon, Boadonis, Bouzonem, tels
furent à travers les âges ses diverses dénominations,
le nom actuel Bozouls date du XVII ème siècle,
vers 1650, et signifierait “pays des boeufs”
?.
Le château semble avoir existé
dès le IX ème siècle
; il figure parmi les possessions que le Comte de Rodez,
Hugues IV, mort en 1275, énumère dans son
testament. Sa petite fille, la Comtesse Cécile, qui
épousa en 1298 le Comte Bernard d’Armagnac,
connétable de France, en fit sa résidence
privée, tout comme son fils Jean IV. Le Comte Jean
V et son frère Charles s’étant révoltés
contre le roi LouisXI, leurs biens furent confisqués,
et Bozouls donné en 1485 à Louis de Brussol,
Sénéchal du Poitou .
Quatre ans plus tard, en vertu d’un arrêté
de Paris, Bozouls comme les autres places-fortes de Rodez
et de Gages, était rattaché à la couronne
de France. Au cours des guerres de religion de 1569, Bozouls
fut pris par le calviniste Capitaine du Ram, venu de Millau,
pour passer de 1609 à 1750 aux mains de la famille
de Fleyres, originaire de l’Albigeois, dont l’écu
était barré d’or et gueule.
Il ne reste pratiquement rien du château, en dehors
de quelques blocs cyclopéens, vestiges de son système
de défense, mais on continue à appeler “le
château” le vieux village jadis bâti autour
de ses remparts.
Au fil des siècles, les maisons ont essaimé
vers la rive droite du Dourdou, d’abord à l’ombre
de deux tours médiévales,
sans rapport apparent avec l’ancien château
puis ont escaladé la pente pour s’étendre
en bordure du plateau.
Sur le plateau, dont l’altitude moyenne est
de 500 m, lotissements et maisons individuelles
se développent rapidement ; une cité nouvelle
étend ses ramifications le long des routes rayonnant
autour du carrefour de La Route d'Argent. Cette dispersion
apparente n’enlève cependant rien au charme
du nouveau bourg, qui se veut calme et accueillant et qui
s’ingénie à offrir à tous, dans
un cadre de vie agréable, des distractions intéressantes
et variées.
Si l’on ajoute à cela les diverses possibilités
de pêche et de promenade et, ce qui n’est pas
négligeable, une table riche, saine et raffinée,
on comprend que le Bozouls “moderne”
et l’ancien se complètent harmonieusement pour
former un chef-lieu de canton de près de 2400 habitants
propre à attirer et, de plus en plus, à retenir
les visiteurs.
Mais Bozouls ne vit pas seulement l’été
; son artisanat traditionnel a évolué, les
petits ateliers sont devenus de florissantes entreprises
spécialisées pour la plupart dans le travail
du bois, l'imprimerie et l'informatique,, et la mise en
place de la vaste zone artisanale des Calsades offre de
nouvelles possibilités.
Ce développement rapide du nouveau Bozouls, en bordure
de l’axe de la “Route d’Argent”
ne devra pourtant pas étouffer la vieille agglomération
moyenâgeuse et son “Trou”.